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Femmes Invisibles: Sexe et planification des services de santé au Manitoba et en Saskatchewan et modèles d'amélioration
Tammy Horne, Lissa Donner & Wilfreda E. Thurston
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Prairie Women’s Health Centre of Excellence
56 The Promenade
Winnipeg, MB R3B 3H9
The research and publication of this study were funded by the Prairie Women’s Health Centre of Excellence (PWHCE). The PWHCE is financially supported by the Centre of Excellence for Women’s Health Program, Women’s Health Bureau, Health Canada. The views expressed herein do not necessarily represent the views of the PWHCE or the official policy of Health Canada.
Rapport circonstancié (en anglais seulement) PDF (746KB)



Femmes Invisibles: Sexe et planification des services de
santé au Manitoba et en Saskatchewan et modèles d'amélioration

Version Anglaise

Sommaire

Table Des Matières

Introduction
Méthodes
Analyses Sommaires
Conclusions
Recommandations
Practiques Exemplaires D'application De L'Analyse Selon Le Sexe Au Secteur De La Santé

Introduction
Le Prairie Women's Health Centre of Excellence (PWHCE) a entre autres pour mandat de générer de nouvelles connaissances grâce à l'identification et à l'analyse de recherches sur des questions qui touchent la santé des femmes; et de fournir des conseils, des analyses et de l'information aux gouvernements, aux organismes voués à la santé et aux organisations non gouvernementales. Le présent projet avait pour objet:

  • de générer de nouvelles connaissances sur les retombées de la régionalisation de la planification des services de santé et de la prestation des services en examinant la mesure dans laquelle les questions de la sensibilisation aux disparités entre les hommes et les femmes et de la santé des femmes ont été reflétées dans les processus de planification des offices régionaux de la santé (ORS) du Manitoba et de la Saskatchewan; et
  • de fournir de l'information que le PWHCE puisse utiliser pour conseiller les gouvernements, les offices régionaux de la santé et d'autres intervenants sur la façon de mieux adapter aux besoins des femmes les évaluations des besoins et les plans de santé régionaux.

L'équipe responsable de la recherche a élaboré des cadres d'évaluation en se fondant sur les écrits pertinents et sur des discussions avec le personnel du PWHCE et les membres de son groupe consultatif thématique sur les effets de la réforme de la santé sur les femmes. Ces cadres lui ont servi à analyser les documents relatifs à l'évaluation des besoins et aux plans de santé. À la suite de ce processus, l'équipe a réalisé des entrevues au sein des offices régionaux de la santé qui lui avaient fourni des documents.

Le cadre d'évaluation des plans de santé englobait les points suivants:

  • preuve du fait que la santé des femmes est une priorité;
  • reconnaissance du contexte et des déterminants de la santé des femmes;
  • approches vis-à-vis des questions de santé des femmes (axées principalement sur la maladie ou incluant la promotion de la santé et l'analyse selon le sexe des conditions sociales);
  • prise en considération de la diversité et approche proactive vis-à-vis de celle-ci;
  • accessibilité (des services, des types de dispensateurs, des milieux communautaires);
  • types de rapports de collaboration (avec les femmes, les organismes);
  • reconnaissance des questions qui touchent les dispensateurs de soins informels;
  • reconnaissance des effets de la réforme des soins de santé sur les employés (pour la plupart des femmes);
  • prise de décisions et évaluations reposant sur des faits.

Le cadre d'évaluation des documents relatifs à l'évaluation des besoins englobait quant à lui les points suivants:

  • caractère inclusif des consultations;
  • minimisation des obstacles à la participation;
  • inclusion de données liées aux déterminants de la santé;
  • dégroupement des données selon le sexe;
  • discussion des résultats avec divers groupes de femmes;
  • vérification des résultats auprès des collectivités.

Quant aux questions d'orientation des représentants des offices régionaux de la santé (les informateurs clés), elles portaient sur les points suivants:

  • façon de prendre les décisions relatives aux priorités en matière de santé;
  • façon, le cas échéant, d'inclure les questions liées au sexe au processus de planification des services de santé;
  • perceptions des principaux facteurs influant sur la santé des femmes;
  • moyens d'inclure les femmes et les organismes qui travaillent pour elles dans les processus de planification des services de santé;
  • utilisation des décisions reposant sur les faits dans le cadre de la planification;
  • influences différentes des déterminants de la santé et de la réforme des soins de santé sur les femmes et les hommes (p. ex., passage des soins en institution aux soins communautaires);
  • initiatives de collaboration avec d'autres organismes au service des femmes;
  • moyens de tenir compte de la diversité au cours du processus de planification des services de santé et défis que cela suppose;
  • moyens d'inclure les femmes et les organismes qui travaillent pour elles dans l'évaluation des initiatives de réforme de la santé;
  • moyens de répondre aux besoins des femmes au cours de la réforme de la santé.

A. Méthodes

1. Documents Relatifs À L'Évaluation Des Besoins Et Aux Plans De Santé

Chaque région ou district a reçu de la directrice du Prairie Women's Health Centre of Excellence une lettre de présentation du projet et des membres de l'équipe responsable. Tous ont ensuite reçu une lettre de suivi d'un membre de l'équipe de recherche leur demandant de fournir:

  • le plan de santé le plus récent de leur région ou district;
  • les évaluations des besoins en matière de services de santé effectuées dans leur région ou district;
  • tout autre document produit sur les besoins liés à la santé des femmes dans leur région ou district.

Ces documents ont été examinés à la lumière des deux cadres d'évaluation: celui des documents d'évaluation des besoins et celui des documents relatifs aux plans de santé.

Au total, huit des 11 offices régionaux de la santé du Manitoba ont répondu à l'appel. Sept ont fourni des documents pour examen et analyse et les huit ont fourni des documents d'évaluation des besoins. Les deux ORS de Winnipeg ont été exclus de l'enquête étant donné qu'ils n'existent que depuis avril 1998 et n'ont pas encore publié leurs premiers rapports d'évaluation des besoins. En Saskatchewan, 17 des 32 districts de santé ont donné suite à la demande de l'équipe. Seize ont fourni des documents sur leur plan de santé et 12, des documents d'évaluation des besoins. Les régions et districts des deux provinces ont en outre soumis des documents à la suite de la demande d'information sur leurs activités liées à la santé des femmes.

Dans le cadre de l'analyse subséquente des documents relatifs à l'évaluation des besoins et aux plans de santé, les données des deux provinces ont été combinées. Les membres de l'équipe n'ont relevé aucune différence substantielle entre les réponses provenant du Manitoba et celles de la Saskatchewan.

2. Entrevues Avec Des Représentants Des Offices Régionaux De La Santé

La sélection des offices régionaux de la santé pour les entrevues s'est faite selon deux critères : l'échantillon devait être représentatif des deux provinces (3 du Manitoba, 5 de la Saskatchewan); et il devait être représentatif sur le plan géographique (secteurs nord, sud, rural et urbain). Plusieurs représentants des offices ont exprimé leur intérêt à être interviewés dans le cadre du projet; toutes ces personnes ont subi une entrevue. Pour prendre les dispositions nécessaires, les membres de l'équipe ont communiqué avec le bureau du directeur général afin d'expliquer l'objet des entrevues et de demander qu'il désigne un représentant. Les représentants choisis occupaient des postes allant d'éducateur sanitaire à vice-président ou médecin hygiéniste. Toutes les entrevues ont été réalisées par téléphone par la même membre de l'équipe de recherche, qui en a dressé un compte rendu sténographique.

Ces transcriptions d'entrevues, dont tous les membres de l'équipe de recherche ont fait la lecture, ont ensuite été entrées dans le logiciel QSR NUD*IST à des fins d'analyse qualitative. Un membre, procédant par comparaison, a ensuite analysé les transcriptions et les analyses dans le but de cerner les similitudes et les différences à l'intérieur des entrevues et entre celles-ci. Ce faisant, il a appliqué des codes à une partie des transcriptions, pour ensuite examiner toutes les parties codées de la même façon. Au cours de cette démarche, l'analyste passait des sections codées aux transcriptions complètes des entrevues afin de vérifier le contexte des citations et les interprétations. Ce processus de codage a mis en lumière des catégories et sous-catégories. Par la suite, l'analyste a examiné les entrevues plusieurs fois et a rédigé une description narrative des données après codage. Ce processus de rédaction et d'interprétation l'a ramené aux transcriptions pour vérifier de nouveau le contexte et trouver d'autres codes et catégories dans les entrevues. L'analyse préliminaire a ensuite été transmise aux deux autres chercheurs, qui ont vérifié la crédibilité de l'interprétation. Cette vérification n'a soulevé que peu de divergences d'opinion, auquel cas les chercheurs en ont discuté jusqu'à ce qu'ils s'entendent. Les antécédents diversifiés des trois chercheurs accroissent la transférabilité des données; en d'autres mots, ils diminuent les risques que la discipline ou l'expérience particulière d'un chercheur vienne restreindre la portée de son interprétation. En méthodologie qualitative, crédibilité est synonyme de validité et transférabilité, de généralisabilité.

B. Analyses Sommaires

1. Évaluation Des Besoins

a. Les documents d'évaluation des besoins examinés indiquent que le sexe est rarement considéré comme une variable lors de l'évaluation des besoins locaux liés à la santé et que par conséquent, il est rare que les besoins des femmes soient distingués de ceux des hommes.

b. Les offices régionaux de la santé ont publié peu de données dégroupées selon le sexe. Étant donné que l'analyse selon le sexe est bien loin de se limiter au fait d'examiner, séparément et globalement, les données sur la santé applicables aux femmes ou aux hommes, le manque de données dégroupées selon le sexe la rend impossible. Les ORS sont eux aussi limités, puisqu'ils n'ont pas pu, faute d'argent, commander de telles données pour leur secteur auprès d'autres sources (comme Statistique Canada) et puisque la province ne leur en a pas fourni.

c. Bien que le ministère de la Santé du Manitoba considère la santé des femmes comme l'une de ses priorités, il n'a fourni aux ORS ni information de base sur la question, ni orientation quant à la façon d'évaluer précisément la santé des femmes de leur collectivité. Ce manque d'information se reflète dans leurs réponses. Dans les deux provinces, seulement 25% des participants ont fourni de quelconques données selon le sexe dans leurs évaluations des besoins.

2. Plans De Santé

a. Il ressort de façon évidente de l'examen de ces documents que les offices régionaux de la santé n'ont pas accordé une grande priorité à la santé des femmes. Bien que quatre des sept ORS répondants du Manitoba mentionnent la santé des femmes parmi leurs priorités et se rapportent à Santé Manitoba à cet égard, leurs plans de santé démontrent peu qu'il s'agit bien d'une question prioritaire pour eux. Un seul ORS - de la Saskatchewan - s'est engagé par écrit à assurer l'équité entre les sexes.

b. En ce qui a trait aux questions liées à la santé des femmes, les organismes s'arrêtent le plus souvent aux besoins propres au sexe féminin (santé génésique, dépistage du cancer du sein et du col de l'utérus) et au rôle des femmes en tant que mères.

c. Alors que les deux provinces préconisent officiellement une approche axée sur les déterminants de la santé, les plans de santé examinés dans le cadre du projet n'en font que peu mention. En moyenne, ceux du Manitoba renvoient à 2,4 déterminants, tandis que ceux de la Saskatchewan ne font état que de 1,5 des 11 déterminants de la santé utilisés dans le cadre du projet. Les plans ont tendance à mettre l'accent sur les rapports financiers et les demandes de financement.

d. Les documents passés en revue ne montrent pas une reconnaissance des besoins en santé différents des divers groupes de femmes, comme les autochtones, les membres des minorités ethniques ou visibles, les lesbiennes et les femmes ayant une incapacité.

e. Conformément à tout ce qui précède, aucun des offices régionaux de la santé interrogés ne déclare dispenser une quelconque formation sur les questions propres à chacun des sexes à ses employés, gestionnaires ou administrateurs.

f. Rien ne démontre que les associations féminines et les organismes qui dispensent des services aux femmes soient intégrés au processus de planification des services de santé.

g. Plutôt que de reconnaître le fardeau que représente pour les femmes le fait de dispenser des soins informels à des membres de la famille et à des amis, les offices régionaux de la santé ont encouragé cette pratique en insistant sur le rôle de « gardiennes de la santé » prêté aux femmes au sein de la famille.

3. Entrevues Avec Des Résentants Des Offices Régionaux De La Santé

D'après les thèmes découlant de l'analyse qualitative des transcriptions d'entrevues, la question de la santé des femmes est abordée sous trois angles, ou catégories - la reproduction, les membres de la famille et l'utilisation des services de santé - plutôt que comme résultat valorisé en tant que tel. À l'intérieur de ces catégories, il s'effectue très peu d'analyses selon le sexe, sauf dans quelques exceptions. De même, les déterminants sociaux de la santé sont bien connus, mais on ne fait que rarement mention du genre, et l'analyse selon le sexe des autres déterminants est insuffisante. Les grandes questions qui touchent la santé des femmes ont été définies et cette orientation du problème a constitué l'un des principaux thèmes des discussions au sujet de la santé des femmes, parallèlement à la reconnaissance des différentes populations de femmes et aux rôles de celles-ci. Ici encore, en général, ces conversations n'ont tout au plus qu'effleuré la question de l'analyse selon le sexe. Beaucoup d'informateurs semblaient tout simplement réticents à aborder la question du genre. Dans certains cas, les chercheurs ont observé un phénomène de « contrecoup », c'est-à-dire que selon certaines personnes, « toute cette attention accordée à la santé des femmes » constitue une perte pour les hommes et une menace pour leur santé. Comme on pouvait s'y attendre, les discussions portant sur la planification des services de santé et sur la participation des femmes n'ont pas été riches en exemples d'utilisation de stratégies d'équité ou d'examen des différences entre les sexes.

C. Conclusions

Conclusion 1. On ne relève aucune différence marquée entre les conclusions du Manitoba et celles de la Saskatchewan. Cela mérite d'être signalé compte tenu des contextes politiques différents dans les deux provinces au moment de l'étude et du fait que le Manitoba considère les femmes comme l'une de ses quatre populations prioritaires et que la Saskatchewan considère leurs besoins spéciaux en matière de santé comme un secteur budgétaire prioritaire.

Conclusion 2. Peu d'indices montrent avec certitude que les offices régionaux de la santé ayant participé à l'étude procèdent à des analyses selon le sexe ou appliquent des stratégies tenant compte des différences entre les sexes, tel que l'indiquent l'examen des documents d'évaluation des besoins et de planification des services de santé ainsi que les entrevues réalisées avec les représentants des offices participants. Ainsi, 25 % seulement des ORS participants ont inclus de quelconques données sur le sexe dans leurs évaluations des besoins.

Conclusion 3. Les raisons de ce manque de données probantes sont multiples et variées, mais la principale est la valeur insuffisante attachée à la santé des femmes en général, et par conséquent à l'analyse selon le sexe, en tant que secteurs légitimes de préoccupation. Cette constatation est corroborée par notre conclusion selon laquelle rien de démontre qu'une formation soit dispensée sur les questions liées aux inégalités entre les sexes qui influent sur la santé des femmes. Lorsque ces questions sont abordées, on s'arrête le plus souvent aux besoins biologiques particuliers des femmes (santé génésique, dépistage du cancer du sein et du col de l'utérus) ainsi qu'à leur rôle en tant que mères.

Conclusion 4. Voici quelques-unes des raisons qui expliquent le manque d'importance accordée à l'analyse selon le sexe.

  • 4.1 Bon nombre de participants sont d'avis que le rôle principal des femmes au chapitre de la santé est celui de gardiennes et de dispensatrices de soins informels responsables de la santé de leur famille et de leur collectivité. Les offices régionaux de la santé n'ont pas reconnu le fardeau supplémentaire qu'impose aux femmes le fait de dispenser des soins informels à des membres de leur famille ou à des amis. Au contraire, ils ont peut-être ajouté à ce fardeau en insistant sur le rôle de gardiennes de la santé familiale prêté aux femmes. La santé des femmes ne semble pas valorisée en tant que telle.
  • 4.2 Les gouvernements provinciaux qui financent les offices régionaux de la santé ne semblent pas accorder d'importance à l'analyse selon le sexe. Ainsi, bien que le ministère de la Santé du Manitoba considère la santé des femmes comme l'une de ses quatre priorités, il ne semble avoir fourni aux ORS ni information de base sur la question, ni orientation quant à la façon d'évaluer précisément la santé des femmes de leur collectivité.
  • 4.3 Les pressions financières énormes que subissent les offices régionaux de la santé aux prises avec les restrictions budgétaires imposées à l'échelon provincial les incitent à mettre l'accent sur la gestion de crise (p. ex., sur les questions urgentes de dotation). L'analyse selon le sexe n'est pas perçue comme une priorité en pareil contexte.
  • 4.4 La santé des femmes ne semble pas soulever d'hostilité ou de sentiment anti-féministe généralisé. Les questions qui s'y rattachent (autres que celles liées à la reproduction) et l'analyse selon le sexe ne figurent pas parmi les priorités des offices de la santé ayant participé au projet. On pourrait amener un changement à ce niveau en intégrant les associations féminines et les organismes au service des femmes au processus de planification des services de santé. Rien dans les documents examinés ne démontre toutefois le recours à une telle approche fondée sur la collaboration.

Malheureusement, ces conclusions rejoignent celles de bien des recherches actuelles sur la santé de la population. Comme le souligne Patricia Kaufert dans son analyse de quatre des principaux écrits en santé de la population :

[traduction] " …La décision [des auteurs] de ne pas tenir compte des femmes ne peut s'expliquer par un hasard ou une distraction. À un certain niveau, conscient ou inconscient, la décision est prise d'ignorer les différences, de les tenir pour acquises et de ne plus les remettre en question, les étudier ou les considérer comme problématiques." Kaufert, P., "The vanishing woman: gender and population health" in Sex, Gender and Health, Cambridge University Press, 1999, p. 123.

Conclusion 5. Ni l'une ni l'autre des provinces n'exige que les données soient dégroupées selon le sexe, bien que le Manitoba demande que le sexe des répondants aux enquêtes soit consigné (les ORS peuvent donc déclarer le pourcentage de répondants de chaque sexe, mais non les différences, le cas échéant, entre les réponses des hommes et celles des femmes). Étant donné que l'analyse selon le sexe est bien loin de se limiter au fait d'examiner, séparément et globalement, les données sur la santé applicables aux femmes et aux hommes, le manque de données dégroupées selon le sexe la rend impossible. Les ORS sont eux aussi limités, puisqu'ils n'ont pas pu, faute d'argent, commander de telles données pour leur secteur auprès d'autres sources (comme Statistique Canada) et puisque la province ne leur en a pas fourni.

Patricia Kaufert a décrit dans les termes suivants cette tendance observée dans les travaux de la majorité des experts en santé de la population :

[traduction] "Pour les épidémiologistes et les statisticiens, le regroupement de données ou leur ajustement selon l'âge ou le sexe est une procédure tout à fait courante, si courante en fait que je ne l'ai moi-même jamais remise en question avant de chercher délibérément les données sur les femmes et de découvrir qu'elles sont inexistantes ou camouflées au coeur d'une série de données regroupées." Kaufert, op. cit. p. 125.

Dans les enquêtes d'évaluation des besoins examinées pour le présent projet, tous les offices régionaux de la santé ayant précisé le sexe des répondants en ont rapporté un plus grand nombre de sexe féminin. Il se peut donc que leurs résultats publiés ne reflètent pas adéquatement les besoins en matière de services de santé des hommes de leur localité.Dans les enquêtes d'évaluation des besoins examinées pour le présent projet, tous les offices régionaux de la santé ayant précisé le sexe des répondants en ont rapporté un plus grand nombre de sexe féminin. Il se peut donc que leurs résultats publiés ne reflètent pas adéquatement les besoins en matière de services de santé des hommes de leur localité.

Conclusion 6. Les documents passés en revue ne montrent pas une reconnaissance des besoins en santé différents des divers groupes de femmes, comme les autochtones, les membres des minorités ethniques ou visibles, les lesbiennes et les femmes ayant une incapacité.

Conclusion 7. La décision d'utiliser les données sur les ménages plutôt que les données individuelles prise par le gouvernement du Manitoba et les districts de santé de la Saskatchewan ayant recueilli des données d'enquête pose également des problèmes d'interprétation des données, puisque l'on ne sait pas qui est représenté dans les réponses. Le répondant ou la répondante parle-t-il(elle) en son nom ou pour d'autres personnes du ménage lorsqu'il(elle) répond à une question sur un besoin, un comportement ou un intérêt particulier lié à la santé? L'utilité de ce type de donnée indirecte peut particulièrement être mise en doute lorsqu'il s'agit, par exemple, d'obtenir de l'information sur la santé génésique ou mentale. Cela rend plus problématique le dégroupement et l'analyse des données selon le sexe.

Conclusion 8. Alors que les deux provinces préconisent officiellement une approche axée sur les déterminants de la santé, les plans de santé examinés dans le cadre du projet n'en font que peu mention. En moyenne, ceux du Manitoba renvoient à 2,4 déterminants, tandis que ceux de la Saskatchewan ne font état que de 1,5 des déterminants de la santé utilisés dans notre cadre. Les plans ont tendance à mettre l'accent sur les rapports financiers et les demandes de financement.

Conclusion 9. On relève d'importantes différences entre les offices régionaux de la santé en ce qui a trait au niveau d'expérience technique en planification d'évaluations et en collecte et analyse de données. Les régions rurales sont sérieusement désavantagées, aussi bien en termes de documents de recherche que d'accès à une aide technique. L'accès à Internet ne suffit pas à répondre à leurs besoins en matière d'information.

D. Recommandations

Recommandation 1. Conformément aux engagements internationaux du Canada et afin d'évaluer de façon exacte les besoins communautaires au chapitre de la santé et d'élaborer des politiques, programmes et stratégies visant à promouvoir la bonne santé et à répondre aux besoins en matière de services, nous recommandons que les ministères provinciaux de la Santé:

  • obligent les offices régionaux de la santé à recueillir et à produire des données dégroupées selon le sexe dans le cadre de leurs évaluations des besoins et de leurs plans de santé et à inclure des analyses selon le sexe dans leurs plans de santé;
  • assurent aux offices régionaux de la santé la formation, l'expérience et les sommes nécessaires à l'accomplissement de ces tâches.

Recommandation 2. Nous recommandons que les gouvernements provinciaux veillent à ce que les offices régionaux de la santé, particulièrement ceux des régions rurales, jouissent d'un accès abordable à des sources d'information telles des journaux de recherche pertinents et ainsi qu'une information continue sur l'analyse selon le sexe et la santé des femmes.

Recommandation 3. Nous recommandons qu'en vue d'assurer l'orientation nécessaire, chaque gouvernement provincial crée un bureau doté de personnel approprié possédant de l'expérience en analyse selon le sexe et en santé des femmes. Les services d'experts de ce bureau devraient être mis à la disposition des offices régionaux de la santé et des autres ministères gouvernementaux dont les politiques influent directement sur la santé des femmes, par exemple en matière de finances, de services sociaux et familiaux, de logement et de services aux aînés.

Recommandation 4. Nous recommandons que les gouvernements provinciaux et les offices régionaux de la santé élargissent la portée de leur point de vue sur la santé des femmes au-delà des questions liées à la reproduction et à la prestation des soins familiaux et intègrent une approche fondée sur les grands déterminants de la santé - y compris le sexe en tant que déterminant distinct - à leurs pratiques aussi bien qu'à leurs documents de relations publiques. En outre, nous recommandons que l'admissibilité aux services communautaires ne repose pas sur l'hypothèse selon laquelle les femmes sont nécessairement disposées à dispenser bénévolement des soins aux membres de la famille.

Recommandation 5. La nécessité de développer les compétences en analyse selon le sexe se fait sentir dans tout le Canada et non uniquement dans les deux provinces examinées dans le cadre du projet. À la suite de la signature du Programme d'action de Beijing par le Canada, nous recommandons que le gouvernement fédéral mette sur pied un groupe de travail FPT chargé de produire une synthèse de la situation et d'adapter les cadres et outils stratégiques et d'analyse selon le sexe destinés aux offices régionaux de la santé de tout le pays. Pour utiliser le mieux possible les connaissances actuelles, ce groupe doit collaborer avec les centres d'excellence pour la santé des femmes et d'autres experts du domaine.

Recommandation 6. Nous devons intégrer l'analyse selon le sexe à tout le processus de planification, particulièrement en ce qui a trait à l'élaboration des politiques et à la planification de haut niveau, afin d'adopter une approche systématique vis-à-vis de la prise en considération des différences entre les sexes et de la réponse aux besoins des femmes en matière de santé. Bien que la présente recherche ait porté sur l'évaluation des besoins et l'élaboration des plans de santé, nous recommandons l'application des méthodes et outils d'analyse selon le sexe à la mise en oeuvre des programmes, à leur évaluation et à l'affectation des ressources également. Certains des outils et modèles présentés ici peuvent fournir une orientation à cet égard.

Recommandation 7. Nous recommandons que les offices régionaux de la santé mettent en place des processus leur permettant de faire appel à la participation et de recueillir les commentaires de divers groupes de femmes au sujet de leurs politiques, programmes et stratégies et de la mesure dans laquelle ils répondent aux besoins des femmes de leur région. Les ORS peuvent tirer parti de l'expérience des organismes communautaires oeuvrant auprès des femmes, de même que de celle des chercheurs spécialisés dans la problématique hommes-femmes et dans les approches de recherche participative.

Recommandation 8. Certains offices régionaux de la santé ont manifesté un vif intérêt pour la question de l'analyse selon le sexe au cours du projet. Nous recommandons que le PWHCE s'emploie à faciliter et à promouvoir l'adoption d'approches tenant compte des différences entre les sexes en continuant de travailler avec ces ORS intéressés par l'analyse selon le sexe.

Recommandation 9. En plus de dispenser une formation aux offices régionaux de la santé et aux gouvernements provinciaux, il importe de veiller à ce que les femmes et les organismes communautaires qui travaillent auprès d'elles aient accès à des documents éducatifs et à des activités (p. ex., des ateliers) sur l'analyse selon le sexe et la planification des services de santé tenant compte des différences entre les sexes. Les organismes communautaires et les personnes intéressées s'associent souvent aux décideurs dans leurs divers rôles au sein de la collectivité et auraient avantage à acquérir l'expérience nécessaire pour analyser les politiques et les programmes et, en tant que citoyens, pour tenir les décideurs responsables de leurs actes. Le PWHCE pourrait collaborer avec les intervenants de la collectivité, de même qu'avec les offices régionaux de la santé, à ce chapitre.

Recommandation 10. Dans le but de surveiller les changements et les progrès, nous recommandons que les offices régionaux de la santé fassent l'objet dans cinq ans d'une autre étude portant sur leur utilisation des processus d'analyse selon le sexe et de planification tenant compte des différences entre les sexes.

E. Practiques Exemplaires D'Application De L'Analyse Selon Le Sexe Au Secteur De La SantéÉ

Les outils les plus détaillés conçus jusqu'ici pour l'application de l'analyse selon le sexe au secteur de la santé ont été produits par Schalkwyk, Woroniuk et Thomas (1997) pour la Swedish International Development Corporation Agency, par le Gender and Health Group (1999) et par l'Organisation panaméricaine de la santé. Ils sont examinés en détails dans le rapport intégral du projet. Voici certaines des questions clés qu'ils abordent:

  • meilleure représentation des femmes dans la prise de décisions et possibilités d'avancement au sein du secteur de la santé (p. ex., en tant qu'employées);
  • reconnaissance des influences du contexte social sur la santé (p. ex., avantages sociaux et économiques);
  • élargissement de la portée de la santé des femmes au-delà de leur fonction de reproduction, de leur rôle de mères et des conditions qui leur sont uniques (p. ex., cancer du col de l'utérus ou du sein) ou qui sont plus répandues chez celles-ci;
  • inclusion des hommes aussi bien que des femmes dans la démarche visant à éliminer les iniquités et à promouvoir la santé et l'égalité des femmes (p. ex., par l'adoption de pratiques sexuelles plus sûres);
  • prise en considération des différences entre les sexes dans tous les programmes, et non uniquement dans ceux qui s'adressent aux femmes;
  • égalité des résultats plutôt que similitude des activités ou traitements (p. ex., un objectif d'équité) et inclusivité lors de l'élaboration des indicateurs de succès;
  • dégroupement des données selon le sexe et selon d'autres facteurs démographiques;
  • formation sur la santé des femmes et les différences entre les sexes (dans la pratique aussi bien que dans la recherche) à l'intention des décideurs et du personnel;
  • utilisation de processus de consultation du public inclusifs et tenant compte des obstacles à la participation (p. ex., garde d'enfants, transport);
  • liens avec des associations féminines et d'autres sources d'expérience de l'analyse selon le sexe, de même qu'avec des organismes intéressés aux grands déterminants de la santé (p. ex., à la salubrité des aliments);
  • répartition équitable des ressources, accès et qualité des services selon le sexe ainsi que surveillance des retombées de la réforme de la santé sur la prestation de soins non rémunérés et les frais divers (p. ex., droits imposés aux utilisateurs);
  • prise en considération de la diversité (p. ex., culturelle);
  • inclusion des femmes dans la recherche, aussi bien en tant que participantes qu'en tant qu'intervenantes au cours de processus de planification.

En plus de traiter de ces outils propres au secteur de la santé, le rapport intégral présente un certain nombre de projets exemplaires mis sur pied dans divers secteurs de compétence qui appliquent ces principes, tels Glasgow (Écosse), San Francisco, Brampton (Ontario), Calgary, Chicago et Vancouver. En outre, le rapport livre des renseignements généraux sur les déterminants de la santé des femmes, sur différentes approches vis-à-vis de l'analyse selon le sexe au sein du secteur de la santé et à l'extérieur, sur d'autres outils provenant de secteurs autres que celui de la santé mais susceptibles d'être utiles pour la planification des services de santé et sur la participation du public à la planification des services de santé.

Rapport circonstancié (en anglais seulement) PDF (746KB)

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